Chaque samedi ou presque, lorsque je me balade en centre-ville, je croise toujours au moins une bande d’hurluberlus, en général sans mélange des sexes, qui se livre à du tapage diurne. Une telle enterre sa vie de jeune fille avec sa bande de sirènes (mi-femmes, mi-thons), un tel se balade déguisé en femme pour une raison X ou Y avec sa team de vainqueurs. Le phénomène n’est pas limité à Caen, car à chaque que je rentre sur Paname, faire quelque emplette dans le quartier latin, j’y ai droit aussi. A cela, il faut ajouter les bandes d’alcoo … d’étudiants pardon qui descendent en centre-ville faire la tournée des bars le jeudi soir (le vendredi, ils sont chez Môman qui leur fait leur linge). La même question me vient systématiquement à l’esprit : mais d’où vient ce besoin se signaler en beuglant ? Est-il essentiel à leur survie de montrer à la Terre entière (qui se résume dans les cas susmentionnés à la faune de ploucs bas-normands qui divaguent aux alentours de la Fnac et à quelques têtards et employés qui rentrent tard du boulot) qu’ils existent ?
Nous sommes rentrés dans l’air du buzz quasi-permanent où chacun caquette à qui mieux-mieux pour essayer de se faire entendre (en général, en bande, parce que pour faire le show tout seul, il faut une demi-paire de corones). Je ne suis pas contre l’exhibitionnisme (ce qui ne manquerait pas de saveur de la part de quelqu’un qui essaie de tenir un blog) mais se mettre à poil pour se mettre à poil, je ne comprends pas bien l’intérêt. Faire du bruit est une chose, se faire entendre en est une autre et à avoir quelque chose à dire est encore différent. Personnellement, j’ai la prétention de croire que j’ai des choses à dire (sinon, pourquoi ce blog ?), ce qui n’implique pas qu’elles soient intéressantes ou pertinentes. Mais je crains que malheureusement ça ne soit pas le cas de la majorité de mes congénères, les réflexions philosophiques version Loana étant à la pensée humaine ce que les blagues Carambar sont au sens de l’humour …
Je n’oublie pas Facebook ni Twitter (bien que je n’aie jamais essayé ce dernier) pour raconter sa “life” à ses 253 méga-potes online, qui vont de son frangin au collègue de bureau qu’on ne peut pas blairer en passant par la tribu de crétins avec qui s’est pinté la gueule une fois au Touquet y a trois ans et la nana avec qui on était en CM2 et à qui ont autant à dire qu’à un clebs sourd-muet :
_ Kikoo !
_ lo
_ ça va ?
_ trankill
) et twa ?
_ wesh, on fait aller !
(suivi d’un long silence, un très long silence …)
Mais revenons un peu sur le mot “buzz”, qui signifie littéralement “bourdonnement”. Et c’est bien ce que c’est : un bruit continu et désagréable dont la seule information à en tirer est la présence d’un insecte nuisible dans les parages. Cet “insecte” peut être, selon vos goûts, votre voisin, le dernier chanteur à la mode, un lofteur ou le Président de la République actuel (qui, soit dit en passant, est très en phase avec beaucoup de ses détracteurs de ce point de vu là). Cette mode du buzz est au mieux risible, au pire dangereuse. Dangereuse, car les buzzs successifs saturent l’attention et donc les médias (ces derniers courant plus derrière la dernière mode que derrière la véritable info). En l’espace d’une semaine, on est passé du crash d’un Airbus dans l’Atlantique à la crise en Iran et de la mort de Michaël Jackson à un autre crash dans l’Océan indien. Depuis trois jours, on n’entend plus parler de l’Iran. Le problème a-t-il disparu pour autant ? Non, mais le Tour de France vient de commencé …
Cela me fait pensé à l’après-11-Septembre : pendant près d’un an, pas une édition ou presque du Six Minutes de M6 sans parler de Ben Laden. Et puis, du jour au lendemain, plus rien. Six ans de guerre en Irak et une présence toujours importante en Afghanistan plus tard, qui se pose encore la question de savoir s’il était réellement impliqué, s’il est mort dans une grotte depuis belle lurette ou s’il se dore la pilule en Floride aux frais du contribuable américain ? On nous sort bien une p’tite cassette de temps à autre (toujours à des moments opportuns) aussitôt identifiés par les experts de la CIA (les mêmes qui ont trouvé des armes de destruction massive en Irak ?). Que sait-on vraiment ? Pas grand chose.
Mais au fond, est-ce bien important ? Je crois l’essentiel se trouve ailleurs, à savoir que, sous couvert d’un flux immense d’information permanent, on se croit bien informé. Ce qui, selon moi, est faux. Entre les rumeurs infondées que reprennent des journaux réputés sérieux (et ça se dit “professionnel”) et les dépêches de l’AFP tronquées qui servent d’ “articles” dans les quotidiens gratuits entre un sudoku, le programme télé, l’horoscope et une page de pub et les “documentaires” façon Jean-Pierre Pernault des JTs, on est noyé sous des informations incomplètes, biaisées, intéressées voire partisanes, bref de la désinformation.
Ce n’est pas forcément volontaire ou conscient (si si, on ne veut pas qu’on sache pour le complot sur Roswell et que Jackson est en fait parti sur Pluton retrouver Elvis (sic) !), mais le résultat est le même. Quand je lis un article sur le site de Courrier International qui se pose la question de la légitimité d’un groupe de parlementaires français pour travailler sur le problème de la burqa sans parler du point de départ, à savoir un député-maire devant célébrer un mariage avec une mariée refusant de montrer son visage, je trouve ça inquiétant. Et peut-être plus inquiétant : combien de personne se pose-t-elle seulement la question ?
Pour ceux que ce genre de problématique intéressent, je conseille l’excellent film “Des hommes d’influence” de Barry Levinson (“Wag the dog” en VO) avec Robert De Niro en conseiller politique et Dustin Hoffman en producteur hollywoodien qui sauvent la mise au locataire de la Maison Blanche impliqué dans un scandale sexuel en période de réélection avec une guerre fabriquée de toute pièce … Et tout ça, avant l’affaire Clinton-Lewinsky svp ! Dernier point : la VF est à la hauteur, aussi bien côté voix que côté texte (ce qui devient de plus en plus rare).
Et puis tiens, une p’tite chanson pendant qu’on y est : Passi – je zappe et je mate :
Quand tous les médias bosseront bien je serai Témoin n°1
Tout un programme … télé !